D) L’HERITAGE DE L’ESPRIT DES GRANDS-PARENTS DE GILLES

 

Ce soir, Pierrot essaie de s’arrêter dans ses calculs d’estimation du plein et de la consommation. Christelle le taquine après le repas, car il lui dit :

« Il m’arrive de ne pas penser…

— Dans tes rêves !! »

Elle ajoute :

« Qui dort-mime ! » 

Lui :

— J’ai faim 

— Mais non, on dit : « j’ai fini » !

Lui :

— S’il m’arrivait de me coucher…

— Quand on fait son SI, on se couche !! conclut Christelle.

Elle ajoute : « Heureusement que tu le sais, mon Pierrot, je suis née dans la dérision, je n’ai pas fait exprès. Déjà à ma naissance, ma sœur aînée, en la matière, n’existait pas… avec elle, j’aurais presque été bon médiateur, si je n’avais médit à l’heure, quand elle me faisait porter le chapeau vis-à-vis des parents.

Enfin, je délire comme je respire, quoique je me le demande (si je respire). Disons que j’y pense… donc j’oublie.

— Oui, oublions, rétorque Pierrot en riant.

Celui-ci va se coucher et Christelle est dans ses pensées :

« Je l’aime… à condition que… »

« Qu’il m’oublie pour aujourd’hui !… mais pas trop vite !! »

« J’arrête pour aujourd’hui… quoiqu’on soit déjà demain… »

Par accident, en mettant le lave-vaisselle en marche aux heures creuses, elle cogne une poêle sur une casserole qui résonne. Ancienne fille d’un batteur de femmes, femmes et maîtresses, sous l’alcool, elle pense :

« J’ai abusé ! Je suis morte !! Quoique je me le demande encore (si je suis morte, donc si j’ai abusé…) » En effet, elle ne craint pas Pierrot, elle sait qu’il ne prend pas une goutte d’alcool.

« Les gens intelligents délirent (ça me paraît un peu dérisoire). »

Et elle reprend ses délires en se couchant toute « guillerette » : « Mon père aurait dû appeler mes demi-sœurs Anne, Justine et Corinne. Papa serait passé d’Anne Ptitegoutte à Justine Ptitegoutte, puis Corinne Ptitegoutte. » Sa maman à elle, ayant un esprit enjoué, est une référence par rapport à ce vieux tocard de père.

Dans ses pensées qui l’endorment, elle se dit qu’elle a bien fait de signer avec son homme. Puis : « J’étais tellement inspirée que j’en étais à bout de souffle. »

Et enfin, avant le sommeil profond et paradoxal : « Est-ce qu’il faut que je signe quand j’ai dit une bêtise ? »

Pierrot, lui, qui s’est relevé dans la nuit pour une idée sur son site, c’est plus : « Je croyais prendre un somnifère, j’ai pris un somme sans faire. » 

Mon Dieu, quels parents pour Gilles !