Droit devant

I – MA MERE CULPABILISE

Ma mère culpabilise d’avoir raté mon éducation, elle est allée prier pour une redéfinition.

- J’ai une maladie, maman, dont je ne veux pas me cacher. Celle qui fait que je n’ai pas de métier salarié. J’ai tout mon corps de la tête aux ongles des pieds, et ne vais pas me couper les bras pour faire avec les pieds, et attirer l’attention.

- J’ai une maladie, maman, qui me vaut l’étiquette « handicapé », j’ai une maladie, maman, qui me vaut le sobriquet handicapé, attention.

Car avec ce sobriquet, c’est comme faire une peinture contemporaine et la dire psychédélique. Si le mot psychédélique ne plaît pas, on ne vous regardera pas avec votre contenu contemporain. Psychédélique vous seriez né, on ne vous verrait pas de votre époque, et pourtant, vous pouvez être les deux, homme et humain, même si loufoque.

J’ai une tête, deux mains, deux pieds et je suis écrivain, handicapé n’a jamais été un métier. Je ne suis pas « profession : sans », ce serait comme dire que je serais « profession : absent ». J’existe et je veux le prouver, même si ça dérange ceux qui sont : cons comme leurs pieds. Ce sont ceux-là qui n’ont pas de tête, en fait.

Écrire un livre sans qu’il y ait de point, qu’à la fin, avec l’artifice de quelques virgules et autre ponctuation recherchées, c’est comme écrire « de style », ne pas perdre le fil.

Mon style à moi est dans mon contenu, au risque d’en fausser le rendu, le résultat est plus qu’une main, le résultat est plus que simplement humain : décrire cette différence, pour seulement trop peu de révérences, car on vous croit : en absence.

Penche-toi, le myope, rapproche-moi de ton nez, tu verras comment mes pieds trottent ou galopent. Démarrant arythmiques, ils enchaînent au pas à pas, petit pas, puis tout de suite grand pas, ils enjambent la barrière, retombent à terre et bientôt, prennent le trot… déjà ils sont au galop. Tu ne me vois plus, le myope, trompé, au loin, je suis là, je trotte… et hop, à nouveau… alors que toi : flop.

 

Méfie-toi en allant vers moi, ne me prends pas pour moins que toi, ou tu verras ton émoi.

Tu n’en crois pas tes lunettes, pourtant j’ai une étiquette.